Presse: conf’ de rédaction en ligne, folle transparence

27 mars 2010
By La luciole des medias

Ces derniers temps un nouveau phénomène émerge sur la presse en ligne. Les conférences de rédaction sont retransmises sur la toile, elles deviennent ouvertes au public. Quel est donc ce phénomène, pourquoi, comment, et peut-on parler de transparence ? La luciole s’y penche.

La conférence de rédaction. Quel mystère…cette réunion, où les journalistes se réunissent et décident de ce qui “fera l’actualité” est un moment d’ordinaire entouré de secret. Dans notre inconscient collectif à nous, simples lecteurs, on imagine sans peine M. Le rédac’ chef décider lapidairement quel sujet sera censuré, quel autre gagne à être mis de côté pour l’instant, bref, que donner en pâture à l’opinion publique. Et voilà que ce moment quasi mystique devient public!

Qui montre quoi?

Rue 89, d’abord, obtient la palme de l’interactivité. Via un chat, une personne de la rédaction relaie ce qui se dit dans les locaux du journal, et nous autres lecteurs pouvons interagir avec lui. Plus qu’une simple lecture de ce qui se dit, le lecteur commente, donne ses idées, critique.
Impossible de savoir quel est l’impact réel de ses interactions, même si Rue 89 affirme que“ces idées alimentent de toute façon la réflexion de l’équipe sur [leur] traitement de l’actualité”. Dans ce joyeux fouillis, on a même parfois du mal à s’y retrouver. Mais c’est bien vu de la part de Rue 89, autant pêcher les idées là où ça rapporte. Et là où c’est gratuit. Ce qui vient d’un lecteur en intéressera forcément d’autres!

Outre-atlantique le phénomène existe aussi, le New York Times s’y est mis. Pour lui, la palme de l’innovation : chaque jour à partir de 18h heure française on peut trouver la vidéo de la conf’ de rédaction en ligne. Enfin, conf’ de rédaction… il en résulte plutôt un petit film bien monté, avec zoom sur la salle de réunion, interviews de journalistes, et points de vue sur l’actualité. La Luciole aurait bien aimé décerner la palme de l’exhaustivité à ce nouveau concept du New York Times, « TimesCast ». Et croire l’AFP, qui nous dit que cette ouverture est “une démarche visant à assurer la transparence des choix du grand organe de presse américain”… mais même le communiqué de presse du NY Times ne s’en vantait pas. Et pour cause, peut t-on vraiment parler de transparence ?

Par le trou de la serrure

La Luciole est restée un peu sur sa faim, à ce niveau-là. On s’attend a voir les journaleux expliquer pourquoi ils relaient telle actualité, les engueulades du genre « et pourquoi pas mon sujet ? », bref les dessous de la formation de l’information. On voit en fait quelque chose de bien lisse, didactique. Joli, certes ! Mais sans ce plaisir de la curiosité assouvie, sans cette sensation de regarder par le trou de la serrure.

Après cette réaction primaire d’avidité contrariée, une réflexion s’impose. Que penser de cette absence de transparence? Elle est somme toute très logique. Il s’agit de la loi d’un marché concurrentiel. Une entreprise lambda ne peut pas se permettre de voir tous ses process et secrets de fabrication étalés au grand jour, sous peine de se faire piquer ses innovations et doubler par la concurrence. C’est exactement le même schmilblick avec la presse… Vous imaginez le patron de Ferrero mettre en ligne la recette du Nutella ? Je vous vois saliver… Mais c’est impensable ! C’est exactement la même chose avec un rédac’ chef qui veut préserver ses futures « unes ».

Ce qui n’empêche pas la Luciole d’applaudir à cette nouvelle tendance. Tout ce qui nous est donné est bon à prendre, surtout lorsqu’il s’agit de la vie des médias vue de l’intérieur. On en redemande !

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